Bâtiment singulier implanté comme un repère sur le campus médical et paramédical d’Erasme, l’édifice articule deux entités d’enseignement autonomes et complémentaires : les sections paramédicale et sociale de la Haute École Libre de Bruxelles Ilya Prigogine et l’Institut des Sciences de la Motricité de l’Université libre de Bruxelles. En 2004, la Haute École Ilya Prigogine nous contacte afin de concevoir un bâtiment universitaire. L’école s’apprête à rejoindre l’ULB sur le campus d’Erasme et souhaite regrouper l’ensemble de ses sections liées à la santé, en particulier la kinésithérapie. Dans la foulée, l’ULB — elle aussi école de kinésithérapie — demande la construction d’une seconde partie afin de réunir, sur un même site, les deux institutions de formation. Ce site est celui de l’hôpital universitaire Erasme, lieu de convergence entre enseignement, recherche et pratique médicale. Le terrain proposé est vierge : un grand carré situé à proximité immédiate de l’hôpital. La programmation conjointe de la Haute École et de l’Université impose d’en occuper la totalité pour y déployer l’ensemble des constructions nécessaires. Il s’agit donc d’une architecture pleinement contemporaine, assumant la marque d’un projet de son temps et une présence forte dans le paysage du campus. Le parti est simple et lisible : deux bâtiments se font face et sont reliés par un socle commun. Ce socle accueille les fonctions partagées — grands auditoires, grandes salles, salles de sport —, autrement dit les espaces mutualisés par les deux entités. Peu lisible en élévation, il est construit en béton sombre, fortement ancré dans le sol. De cette base émergent deux lames d’environ 80 mètres de long, correspondant chacune à l’un des bâtiments. Leur peau en inox embouti produit une vibration très particulière : la lumière y accroche, se diffracte, et l’ensemble se comporte comme un réflecteur impressionniste, révélant, heure après heure, les états du temps et les humeurs atmosphériques. La confrontation des deux volumes génère en outre un microclimat au cœur de leur face-à-face. L’organisation intérieure prolonge cette hiérarchie. Les locaux partagés — les locaux « banalisés », accessibles à tous — sont situés au bas de l’édifice. Plus on monte, plus les espaces se spécialisent : fonctions dédiées, enseignants, groupes restreints, classes de plus petite taille. L’identité matérielle se complète au sommet. Les deux lames sont couronnées par des émergences structurelles rouges : d’un côté, la zone technique liée au chauffage et à la chaufferie, traitée comme une crête ; de l’autre, une structure rouge également saillante. Ces deux signes se répondent et se font face. Cette cohérence se décline comme une matriochka, du plus grand au plus petit. À l’extérieur, le socle de béton sombre dialogue avec l’inox qui renvoie la lumière du jour. À l’intérieur, la même écriture se poursuit jusqu’aux détails : signalétique, graphisme, pictogrammes des sanitaires. Le projet se déploie ainsi en continuité, de l’échelle du campus à celle du geste le plus modeste. L’artiste Daniel Deltour, intégré à l’équipe, s’est inscrit dans le processus global de conception. Cette présence a renforcé une écriture volontairement brute et directe, où le détail ne vient pas “finir” le concept : il en est l’un des acteurs. Ce projet rejoint enfin Palimpseste par l’idée d’une structure libre. Cloisonnée aujourd’hui d’une certaine manière, elle pourra l’être demain autrement. Les espaces pédagogiques se transforment : tailles de classes, dispositifs, programmes, usages. Le bâtiment intègre donc une souplesse qui autorise d’autres configurations, dans quelques années comme dans quelques décennies, sans renier l’intention initiale. En février 2013, cette hypothèse devient réalité. Il nous est demandé d’ajouter un auditoire complémentaire de plus de 320 places. Le site étant entièrement construit, l’implantation est contrainte : l’auditoire doit s’inscrire sur le bâtiment existant. La greffe est complexe, car elle se superpose à des salles de sport ; elle impose une réflexion structurelle approfondie afin de rendre possible cette addition sans compromettre la stabilité ni le fonctionnement de l’ensemble.La demande s’explique par le succès du projet : l’affluence étudiante dépasse les prévisions et rend les auditoires initiaux insuffisants. Dans ce contexte, la famille Nile souhaite, en mémoire du fondateur de la Haute École Ilya Prigogine, financer un auditoire à la capacité adéquate, capable d’accueillir cette nouvelle affluence et d’accompagner l’élan suscité par l’enseignement de la kinésithérapie à l’université.Restait une question essentielle : comment ajouter un auditoire à un ensemble déjà fortement caractérisé ? Nous proposons alors une pièce rapportée assumée, à la manière d’une météorite tombée sur l’édifice : un volume noir, recouvert d’un verre parfaitement noir, abritant un intérieur jaune. L’auditoire complète le projet initial sans l’imiter : il s’y greffe comme un épisode supplémentaire, lisible, contemporain.On le voit : on conçoit un bâtiment pour un programme donné, et quelques années suffisent pour que le lieu doive être repensé. Laisser les projets ouverts permet au temps de s’inscrire dans l’architecture. Ici, l’auditoire n’était pas prévu. Pourtant, parce que l’édifice était souple, la greffe a pu devenir une composante à part entière, prolongeant l’idée initiale. Les fonctions évoluent ; l’œuvre, elle, doit pouvoir tenir — et accueillir ces transformations sans se dissoudre.
Architecte(s) : Francis Metzger
Photographe(s) : © Serge Marteaux, © Marie-François Plissart








